Projet

De la source à la modélisation

Le projet Insula, nommé d’après le premier nom connu de la ville de Lille (11e siècle), propose la valorisation d’une recherche originale centrée sur la fabrique urbaine par la conception d’un environnement visuel et sonore animé et immersif. Il restitue un espace central de la ville médiévale de Lille : la place du marché. Lieu de convergence des individus, des fonctions et des pratiques urbaines, la place lilloise constitue un espace incontournable de la vie quotidienne et des événements exceptionnels de la cité. 

Au coeur de ces 20.000 m2, la présence de plusieurs bâtiments rappelle les pouvoirs et pratiques de la ville. Ainsi, le pouvoir politique se retrouve symbolisé par la halle échevinale, siège de l'autorité urbaine, ou le Beauregard qui incarne le duc de Bourgogne. Les halles de commerce, les espaces de marché et la fontaine au change rappellent le poids économique de la cité. Le clocheton de la chapelle aux Joyaux-Notre-Dame et les cloches de Saint-Etienne incarnent la place du religieux. Au-delà du seul aspect matériel et architectural, la place du marché est pleinement mobilisée dans les pratiques de la vie urbaine. Les communautés viennent pour y commercer, parler, échanger, se réunir, célébrer, s'informer, boire, jouer.... Les foires s'y déroulent, les processions y achèvent leur déambulation, les ordures y sont rassemblées, on y guette les incendies, on y joue des pièces de théâtre et autres divertissements. A ce titre, la place devient un véritable concentré d'urbanité.

Si les structures de la place médiévale se sont effacés au profit des bâtiments modernes et contemporrains, la richesse des archives conservées, conjuguée aux résultats des opérations archéologiques passées permet de proposer une étude approfondie de l'espace au cours des derniers siècles du Moyen Âge. 

Le travail de restitution visuelle et sonore est au cœur des enjeux de cette recherche sur l’histoire urbaine de Lille puisque le numérique est envisagé ici comme un laboratoire, permettant de tester les interprétations et hypothèses de l’historien, dans une démarche expérimentale sensible et innovante. 

Outre son ambition scientifique, ce projet a ainsi pour objectif de créer une expérience immersive donnant à voir et à entendre le cadre matériel et architectural médiéval de cet espace, aujourd’hui largement disparu et méconnu, tout en évoquant les pratiques humaines anciennes par l’usage des technologies numériques telles que l’imagerie et l’animation 3D, l’intelligence artificielle ou encore la création sonore. Il ambitionne enfin de rendre accessible ce travail scientifique au plus grand nombre par la mise en place d’une médiation spécifique au cœur de la Grand’Place et de la place du théâtre d'aujourd'hui, en partenariat avec les institutions muséales et culturelles municipales lilloises.

Pour comprendre la vie d'une place à la fin du Moyen Âge, le projet INSULA mobilise les fonds d'archives très denses, principalement conservés aux Archives Municipales de Lille (A.M.L.). 

Les registres de comptabilité exceptionnellement bien conservés à Lille permettent de suivre la ville sur un temps long à partir de 1301 et quasi continu à partir de 1318. 

Les registres aux bans, qui conservent les décisions liées à l'ordre public renseignent les gestes et pratiques des communautés dès la fin du 14e siècle. 

Les registres aux mémoires consignent les décisions urbaines à partir de 1390.

L'ensemble de ces archives permet de travailler autant sur les dimensions matérielles de l’espace étudié que sur les gestes des communautés.

Les opérations archéologiques, en particulier celles menées dans les années 1980 et 1990, fournissent de précieuses informations sur les façons d'habiter la place et ses alentours à la fin du Moyen Âge. Un important travail de lecture des rapports d’opérations archéologiques a également été effectué au Service régional archéologique (DRAC Hauts-de-France). Au total, une vingtaine de rapports concernant soit Lille, soit les places publiques flamandes (Saint-Omer, Tourcoing…) ont été mobilisés. 

C'est également au S.R.A. qu'est déposé le fonds Gilles Blieck, qui rassemble l'ensemble des notes, dessins et photographies de l'archéologue pendant sa carrière à Lille. On y retrouve notamment les dessins de la place du marché réalisés lors de la fouille qui constituent la première restitution parcellaire de l'espace avant le projet INSULA. 

Il n'existe aucune image ni aucun plan de la place du marché à la fin du Moyen Âge. Il faut attendre la fin du 16et surtout le 17e siècle, pour que les premières mises en image apparaissent. Alors, pour mettre en image numérique la place médiévale, il faut s'appuyer sur des sources iconographiques et planimétriques postérieures. 

Concernant l'iconographie, plus d'une quarantaine d'images ont pu être identifiées, représentant la place ou ses bâtiments. Cette documentation est essentiellement conservée à Lille : musée de l'hospice comtesse, médiathèque Jean Lévy, archives aunicipales, archives départementales... 

Le premier plan présentant Lille a été réalisé en 1572 par Jacques de Deventer. Il s'agit de la première source planimétrique identifiée pour l'étude. Le corpus se compose au total d'une quinzaine de plans et cartes aujourd'hui disseminés entre Lille, Paris et Madrid. 

(Re)voir la place
Restitution visuelle

La place du marché à Lille par sa centralité dans la cité et dans les pratiques des populations lilloises, cristallise la multiplicité des temps et des mouvements de l’espace urbain. Elle est le point de convergence des populations et des rituels de la cité, ainsi que le lieu d’expression des fonctions de la ville médiévale (politique, économique, religieuse, sociale, cérémonielle, etc.), et se transforme au gré des nécessités, des décisions et des usages quotidiens ou extraordinaires.

De cette place médiévale, il ne reste aujourd'hui rien ou presque. Seuls 140 pavés rappellent aux passants attentifs qu'avant il y avait quelque chose ici ou plutôt qu'il y avait autre chose. Puisque plus aucune structure ne subsiste, la restitution numérique s’appuie sur le corpus cité précedemment pour proposer une mise en image de ce qu'aurait pu être la place. Ces données historiques alimentent la restitution qui suit une démarche expérimentale visant à la validation ou non des hypothèses de recherche dans une perspective itérative et réflexive. Elle aboutit, in fine, à la production d’un modèle 3D de la place du marché, à une date historique donnée (le mercredi 12 juin 1448), dont la représentation virtuelle est historiquement et scientifiquement sourcée, justifiée et vérifiable.

Écouter et ressentir
Restitution sonore

Parce que la ville médiévale, et donc la place, n'est pas une coquille vide, il est nécessaire d'en animer la restitution. Au vu de la grande disponibilité des sources, INSULA s'est enrichi d'une étude et d'une restitution d'un paysage sonore permettant de travailler les sensorialités et les sonorités de la cité.

La conception de l’environnement sonore est divisée en deux parties :

• La première concerne l’animation et le discours prononcé par le crieur public. Pour cela, une prestation de voice acting sera assurée par un acteur professionnel qui sera enregistré et dont la gestuelle sera captée par Motion Capture. L’ensemble sera intégré à un avatar 3D dont l’apparence sera conforme, notamment du point de vue de l’habillement, aux attendus du XVe siècle. Le contenu du discours est déjà connu, puisque certains d’entre eux ont été retrouvés dans les archives lilloises ; il s’agira donc d’une proclamation authentique. Un travail sur la diction et la prononciation sera à effectuer avec des spécialistes de linguistique historique ainsi qu’avec l’acteur.

• La seconde consistera en la réalisation d’une ambiance sonore pour un jour de marché et une autre pour un jour de joute. Pour cela, un designer sonore prestataire sera recruté pour en assurer la création, toujours sur indication des historiens et en lien avec les éléments sonores trouvés dans les sources historiques. Ce paysage sonore recréé sera intégré dans l’environnement 3D et spatialisé pour plus de réalisme.

Vie du projet

  • 2023 - 2026
    Thèse CIFRE avec la Ville de Lille
  • 2023 - 2024
    Lauréat d'un financement CPER ENHANCE (Région Hauts-de-France)
  • 2025 - 2027
    Lauréat d'un financement PEPR ICCARE
  • 2026 - 2027
    Lauréat d'un financement CPER ENHANCE (Région Hauts-de-France)
3

années de travail

12

personnes impliquées

300

archives consultées

20000

m2 carrés restitués

Ce travail a bénéficié d'une aide de l'État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR-23-PEIC-0001